30 % de cancer en moins, c’est possible – Bruxelles, le 15 avril 2023

La Revue de la Médecine Générale n° 410 | février 2024

par PromoSanté et Médecine Générale asbl • 1060 Bruxelles • coordination@promo-sante.be

La grande journée organisée par Promo Santé & Médecine Générale était consacrée cette année à la prévention et au dépistage des cancers.

Facteurs de risque et impact des déterminants sociaux dans l’incidence des cancers (en Belgique)

Quelques chiffres pour commencer : 28 000, c’est le nombre de cancers évitables par an en Belgique en agissant sur les facteurs de risque (cela représente environ 40 % des cancers) selon le Centre international de recherche sur le cancer (IARC (a)).

En 2019, en Belgique, on a enregistré 71 651 nouveaux cas de cancers (hors cancers de la peau non mélanomes). L’incidence des cancers ne fait qu’augmenter d’année en année, avec l’accroissement et le vieillissement de la population. Un homme sur trois et une femme sur quatre auront un cancer avant leur 75e anniversaire. Il touche surtout les personnes plus âgées : 68 % des femmes et 80 % des hommes ont plus de 60 ans au moment du diagnostic (l’incidence des cancers augmente surtout après 50 ans). Les tumeurs (95 % de néoplasmes malins) constituent la première cause de mortalité avant 65 ans. Notons cependant que malgré la haute incidence de cancers, la Belgique est le 19e pays d’Europe au niveau de la mortalité due aux cancers (ce qui indique une très bonne qualité des soins).

Les 5 cancers les plus fréquents pour les femmes sont :

  • sein ;
  • colorectal ;
  • poumon ;
  • mélanome ;
  • col de l’utérus.

Et chez l’homme :

  • prostate ;
  • poumon ;
  • colorectal ;
  • tête et cou ;
  • vessie.

Il existe un lien indéniable entre l’incidence des cancers, les facteurs de risque et les inégalités sociales de santé. Le processus qui mène au cancer est long et dépend de la conjonction des facteurs liés à l’individu, du mode de vie et des conditions socio-économiques, culturelles et environnementales (= déterminants sociaux de la santé). Ces différents éléments ont un effet cumulatif au cours du temps et interagissent entre eux. La stratégie efficace pour éviter un certain nombre de cancers est ainsi d’agir à la fois sur la limitation de l’exposition de nos cellules à des agressions et sur les facteurs protecteurs. D’où l’importance d’agir tôt sur le mode de vie (prévention primaire), ainsi que d’avoir accès à un dépistage et à un diagnostic précoce. L’IARC a ainsi mis en évidence 12 cibles d’action pour réduire le cancer dont 4 majeurs : le tabagisme, le surpoids/l’obésité, l’activité physique et la consommation d’alcool.

Le tabagisme constitue le facteur de risque numéro 1 du cancer : 20 % des nouveaux cas de cancers sont liés au tabagisme. Un·e belge sur 5 fume et l’incidence du tabagisme est croissante chez les femmes. Le taux de tabagisme est plus élevé chez les personnes avec de plus bas revenus et un plus faible niveau d’éducation. Le rôle des médecins généralistes est essentiel dans le combat contre le tabagisme.

La surcharge pondérale est le deuxième facteur de risque le plus important pour le cancer. L’indice de masse corporelle moyen au sein de la population belge de 18 ans et plus ne fait qu’augmenter d’année en année. Le surpoids et l’obésité sont responsables de différentes altérations métaboliques, d’une résistance à l’insuline et d’un état pro-inflammatoire chronique.

L’activité physique permet de diminuer le risque de cancer du côlon, du sein (après la ménopause) et de l’endomètre. Différents mécanismes entrent en jeu comme la gestion du poids, l’insulinémie, l’accélération du transit intestinal, la diminution du taux d’œstrogènes circulants, ou encore la stimulation du système immunitaire.

Ensuite, l’alcool : à peine un Belge sur deux considère que la consommation d’alcool est un facteur de risque de cancer. L’alcool est pourtant responsable de 7,1 % de tous les cancers en Europe et il touche toutes les catégories sociales.

Une approche globale des déterminants socio-économiques est donc primordiale, ainsi qu’une approche individuelle particulière des facteurs de risque majeurs que sont le tabagisme, le surpoids/obésité (et l’équilibre alimentaire), l’activité physique et la consommation d’alcool.

(a) https://www.iarc.who.int/fr/branches-env/

D’après l’exposé du Dr Anne BOUCQUIAU, consultante en Santé Publique.

Mots-clés : déterminants sociaux de la santé, cancer, promotion de la santé, prévention.

Les dépistages organisés des cancers en Fédération Wallonie-Bruxelles

Le mot « dépistage » est souvent utilisé à mauvais escient et confondu avec le mot « diagnostic » qui est la mise au point d’une anomalie par dépistage individuel. Le dépistage organisé réalisé pour une population qui ne présente aucun signe clinique présente des avantages, à savoir des procédures d’auto-évaluation et un contrôle de qualité pour réduire les effets négatifs. De plus, les critères d’efficacité et de qualité sont définis au niveau européen.
Un dépistage efficace permet d’allonger l’espérance de vie en traitant la lésion plus tôt dans son évolution. Un dépistage est inutile lorsque le traitement disponible n’influence pas la mortalité.

Pour rappel, plusieurs critères sont requis pour pouvoir organiser un dépistage (critères OMS) : la pathologie doit être fréquente, grave et curable si elle est découverte à un stade précoce, le pays doit disposer des ressources matérielles, de personnel et de structures pouvant assurer le suivi des anomalies et le traitement, la population doit pouvoir faire un choix éclairé en connaissant les bénéfices et les risques du dépistage et le programme doit pouvoir être financé sur du long terme. Les tests de dépistage doivent également être simples, acceptables, sans danger, sensibles, spécifiques et accessibles au niveau géographique et financier. Actuellement, seuls 3 dépistages répondent à ces critères : le dépistage du cancer colorectal, du cancer du sein et du cancer du col utérin.

Chez la femme, les 3 tumeurs les plus fréquentes en 2020 sont les tumeurs mammaires, colorectales et pulmonaires et chez l’homme, ce sont les tumeurs prostatiques, pulmonaires et colorectales.

Chez la femme, en 2020, on rapporte 10 500 nouveaux cas de cancers du sein en Belgique. Le risque cumulé est de 10,81 % chez la femme. L’incidence est similaire d’une région à l’autre. Le programme de dépistage du cancer du sein s’organise entre 50 et 69 ans, période durant laquelle on retrouve 47 % des cancers. On observe une faible diminution de l’incidence du cancer du sein depuis 2003 mais une diminution plus marquée de la mortalité. Il existe 4 stades d’évolution, le dépistage organisé visant les stades 1 et 2 représente 80 % des cancers rencontrés. Un tel résultat implique un dépistage régulier et systématique.
En cas de prescription, le médecin veillera à écrire le mot « Mammotest » sur la demande afin que la patiente y ait accès de manière gratuite. Les images sont soumises à une double lecture, le·la deuxième radiologue n’ayant pas accès à la conclusion du·de la premier·ère. Une 3e lecture a lieu en cas de résultats discordants.
En 2021, le taux de participation au mammotest était de 10 % à Bruxelles et de 5,5 % en Wallonie, où on observe même une diminution du taux de participation entre 2007 et 2021. Or on estime qu’en dessous de 65 %, le dépistage organisé est inefficace. Toutefois, 50 % des femmes se font dépister, principalement en dehors du programme organisé. Le bilan sénologique est un dépistage fréquemment mal utilisé, qui augmente le risque de surdiagnostic. Et finalement, 25 % des femmes ne se font jamais dépister. L’objectif européen est de 65 %.
L’étude internationale MyPeBS évalue une nouvelle stratégie de dépistage du cancer du sein qui pourrait amener à un dépistage personnalisé en fonction de ses facteurs de risque (ex. : densité mammaire, marqueur sanguin, etc.).

En 2020, 7 313 nouveaux cas de cancer colorectal (CCR) ont été rapportés en Belgique. Le risque cumulé est de 3,7 % chez l’homme et 2,55 % chez la femme. Le dépistage organisé s’adresse à la population de 50 à 74 ans, période durant laquelle on retrouve 50 % des cancers colorectaux. À partir de 75 ans, le taux est de 43 %. Les objectifs du programme de dépistages sont de réduire l’incidence du CCR, de diminuer la mortalité spécifique et d’améliorer le pronostic. L’incidence des CCR tend à diminuer depuis 20 ans. Le dépistage a un impact positif sur la mortalité principalement s’il a lieu lors du stade 1 et 2 qui représentent 50 % des CCR. La mortalité est élevée lorsque le diagnostic a lieu à un stade avancé contrairement à une lésion de stade 0 et 1 dont la survie à 5 ans est de 90 %. Chaque année, 3 000 personnes en décèdent malgré l’aspect prévisible du CCR nécessitant une résection des polypes à un stade précoce. On retrouve 70 % des CCR dans la population générale présentant un risque moyen de 3 à 4 %. Ces derniers sont éligibles au programme de dépistage via l’iFOBT. Une coloscopie d’emblée est recommandée aux personnes présentant des symptômes digestifs ou présentant un risque élevé (antécédents personnels ou familiaux d’adénomes ou de CCR et maladies inflammatoires de l’intestin) ou très élevé de cancer colorectal (syndrome de Lynch et polypose adénomateuse familiale).
Le taux de participation est de 10 % à Bruxelles contre 20 % en Wallonie, où l’on atteint 38 % de couverture en 2021 en comptant les dépistages réalisés en dehors du programme (colonoscopie de dépistage ou les iFOBT réalisés via un labo quelconque). Cependant, un taux de 60 % de participation serait nécessaire pour que le programme soit efficace. L’analyse des résultats du programme de dépistage montre une efficacité permettant de diminuer l’incidence des CCR aux stades 3 et 4.

Enfin, le dépistage du cancer du col de l’utérus s’adresse aux femmes de 25 à 64 ans et permet de diminuer fortement la mortalité. On retrouve 60 % de cancers aux stades 1 et 2. Les modalités de testing seront modifiées dans le courant de l’année 2024 avec un test classique de 25 à 29 ans tous les 3 ans et un test par PCR de 30 à 64 ans à la recherche d’un HPV oncogène tous les 5 ans.

D’après l’exposé de M. Michel CANDEUR, coordinateur du Centre de référence pour le dépistage des cancers, CCR asbl.

Mots-clés : dépistage, cancer du sein, cancer colorectal, cancer du col de l’utérus.

Diagnostic, traitement et rémission d’un cancer : attentes et besoins des patient.es, vus par une patiente

Une rencontre atypique a eu lieu sous la forme d’un atelier organisé par une patiente partenaire, Mariangela Fiorente, cofondatrice de l’ALWB (b) (Action Lymphome Wallonie-Bruxelles) qui est venue nous partager son vécu de patiente atteinte d’un cancer, ses besoins et attentes tout au long de son parcours, du diagnostic à la rémission.

Avant l’annonce du diagnostic, le·la patient·e passe par différents stades physiques et/ou émotionnels : sentiment de solitude, incompréhension de son état physique et psychique, sensation de ne pas être pris·e au sérieux, impuissance, vulnérabilité, angoisse, etc. Par ailleurs, il arrive encore souvent que le·la patient·e ne se sente pas entendu·e, qu’il ou elle soit renvoyé·e d’un·e spécialiste à un·e autre et doive parcourir un long trajet de soins et de rendez-vous avant de trouver un·e médecin qui l’écoute. Il peut arriver que ces émotions et ces difficultés amènent à une rupture du lien de confiance entre le·la MG et son·sa patient·e. De plus, les préjugés du·de la médecin connaissant bien son·sa patient·e peuvent devenir des obstacles potentiels au diagnostic.

Quels sont les besoins exprimés par les patiente·s à l’apparition des symptômes ? Il·elle souhaite se sentir écouté·e et entendu·e, que tous ses symptômes soient pris en compte tant au niveau physique que psychologique, que ses mots et ses maux soient pris au sérieux et que la nature des symptômes décrits soit comprise. Il·elle attend de son·sa médecin généraliste d’être pris·e en charge et orienté·e dans le système de santé sur la meilleure façon de procéder au vu de ses symptômes et de son état de santé général.

Les besoins d’accompagnement du·de la patient·e vis-à-vis de son·sa MG varient également suivant le moment de la maladie. Lors de l’annonce du diagnostic de cancer, le·la patient·e a besoin de temps pour intégrer la nouvelle, pouvoir pleurer, mais aussi comprendre. Certain.e.s souhaitent recevoir des informations au plus tôt, tandis que d’autres sont en état de sidération. Ce temps est aussi nécessaire pour s’adapter et se préparer à vivre avec la maladie. De nombreux patient.es vivent au jour le jour en tentant de se rassurer et de « tenir » en fonction de l’évolution constante de la maladie. Le soutien de l’entourage et du monde médical est primordial. La maladie a un impact sur la vie sociale, professionnelle et affective du.de la patient.e.

Dans l’idéal, lors du diagnostic, il·elle aimerait que le·la MG :

  • reste à l’écoute de ses besoins ;
  • l’oriente vers un·e spécialiste ;
  • soit un soutien lors de l’annonce de la maladie à ses proches ;
  • prenne régulièrement de ses nouvelles.

Pendant le traitement, le·la patient·e est partagé·e entre la gestion des effets secondaires, de la maladie du point de vue physique et psychique, des relations avec l’entourage et des démarches administratives. Le·la MG peut le·la soutenir à travers :

  • une aide à préparer sa consultation avec le·la spécialiste : à 2 et/ou avec un·e patient·e partenaire par exemple ;
  • la gestion des effets secondaires ;
  • la prise en compte des particularités et fragilités du·de la patient·e (faibles moyens, isolement, logement peu adapté, etc.) ;
  • une sensibilisation à la démarche d’éducation thérapeutique du patient ;
  • ou encore, en prenant régulièrement de ses nouvelles.

Le·la MG peut aussi accompagner et soutenir son·sa patient·e à travers des démarches collectives et/ou interdisciplinaires :

  • l’adresser à un·e psycho-oncologue ;
  • l’adresser à des personnes ressources telles qu’un·e kinésithérapeute, un·e patient·e-partenaire, etc. ;
  • l’orienter vers une maison de ressourcement (c), lieu de rencontre qui propose, dans une vision holistique, des soins et activités variées pour améliorer
    la qualité de vie pendant et après le traitement ;
  • l’orienter vers des institutions/personnes ressources pouvant l’accompagner vers le retour au travail ;
  • adopter une approche de promotion de la santé en travaillant en réseau, etc.

Le rôle du·de la MG est aussi de pouvoir réexpliquer certaines choses déjà dites par le·la spécialiste car le·la patient·e reçoit beaucoup – trop – d’informations en même temps et ne peut pas toujours tout comprendre et tout retenir (jargon médical, état de stress, etc.). Le·la MG peut aussi être un vrai soutien à l’empowerment du·de la patient·e.

Bien souvent, la temporalité et le vécu des différentes étapes de la maladie sont différents et évoluent pour le·la patient·e, il est important d’en tenir compte pour ne pas être tenté de « l’étiqueter » (passif, actif, etc.). Le·la médecin voit l’urgence des décisions à prendre alors que le·la patient·e est encore en état de sidération suite à l’annonce du diagnostic ; ça peut être compliqué pour lui·elle de faire des choix rapides et importants alors qu’il·elle essaye encore d’appréhender son état de santé et ses conséquences. Par exemple : pour une femme jeune, il est important, avant les traitements, de savoir si elle souhaite avoir des enfants pour pouvoir faire un prélèvement d’ovocytes, c’est quelque chose d’urgent, qui ne peut plus se faire après. Pour la patiente, il peut être difficile de se projeter sans savoir si elle va survivre à la maladie, ou si elle ne s’est pas encore interrogée sur son désir d’enfant.

L’entourage peut être un support pour le·la patient·e ou une contrainte selon sa présence ou non auprès de la personne malade. Prendre en compte la place, le rôle et les réactions des proches peut aussi être une façon de soutenir le·la patient·e.

Enfin, lors de la phase de rémission, un sentiment de solitude et d’abandon peut envahir le·la patient·e. Une phase de reconstruction commence, tout en devant gérer les effets de la maladie sur le long terme. Il est apprécié de questionner la qualité de vie du·de la patient·e et ses projets et intérêts. Il·elle peut avoir besoin de se sentir accompagné·e dans la gestion du stress lié aux potentielles récidives, dans l’après-coup, dans la gestion des effets secondaires et dans le retour à la vie « normale ». Ainsi, à tout moment, il est important de savoir dans quelle phase d’acceptation de la maladie se trouve le·la patient·e afin d’adapter son attitude en adoptant une approche de promotion de la santé dans la relation.

Finalement, on voit apparaître un changement de paradigme : le·la patient·e est souvent mieux outillé·e qu’avant en termes de la littératie en santé par exemple, il·elle accède à d’autres informations, de différentes natures et qualités via Internet entre autres, ils·elles partagent leur vécu ensemble, etc. Par ailleurs, il existe de plus en plus d’associations de patient·es qui les aident, ainsi que leurs proches tout au long du processus de la maladie. Le rôle de ces associations est d’informer sur la maladie et ses traitements via des brochures, des conférences, etc., de proposer des groupes de parole pour briser l’isolement et fédérer les patient·es et leurs proches, ou encore de créer un espace de dialogue où patient·es et médecins peuvent se rencontrer, etc. Ils et elles peuvent être des alliés sur lesquels le·la médecin/ soignant·e peut compter dans l’accompagnement des patient·es touché·es par un cancer, ou par toute autre maladie particulièrement invalidante.

(b) https://alwb.be/

(c) Pour plus d’informations et la liste des maisons de ressourcement en Belgique francophone : https://www.cancer.be/aide-aux-patients/la-fondation-votre-service/maisons-de-ressourcement

D’après l’atelier de Mme Mariangela FIORENTE, patiente partenaire, cofondatrice de l’ALWB.

Mots-clés : patient partenaire, vécu du patient, association de patients, décision médicale partagée.

Influer sur les facteurs de risque en MG : focus sur l’alimentation

Un second atelier proposait aux participant·es de s’immerger dans la pratique, à travers un cas clinique interactif abordant le thème de la promotion d’une alimentation saine comme modalité de prévention.
Après un bref rappel de la place majeure de l’alimentation comme déterminant de la santé et une revue des freins les plus courants à la pratique des mesures préventives en médecine générale (le manque de temps, de connaissances, le sentiment de manque de légitimité, etc.), les médecins participant·es font la connaissance de Dominique, 54 ans, inquiet·e de contracter un cancer du côlon et se questionnant sur son alimentation.

Au fil de la présentation, différents scénarios sont proposés et influent sur la suite de l’histoire. On est sensibilisé à l’enjeu de la grossophobie médicale : si le·la médecin généraliste fait preuve de stigmatisation, s’appuie sur des aprioris ou culpabilise son·sa patient·e par rapport à l’obésité, Dominique se braque et ne revient plus en consultation !

Les différents cas de figure permettent d’aborder, par l’exemple, une série de déterminants sociaux de la santé qui influencent le parcours de soins de Dominique. Quelques outils sont ensuite proposés en fonction de chaque situation, et les participant·es étaient invité·es à partager leurs propres ressources, stratégies et bonnes pratiques avec l’ensemble du groupe.

La faible littératie en santé et l’analphabétisme
L’un des déterminants de la santé est la capacité des individus à trouver de l’information sur la santé, à la comprendre et à l’utiliser. C’est ce qu’on appelle la littératie en santé. Celle-ci est elle-même largement dépendante d’autres déterminants sociaux, culturels, économiques. Lorsque notre patient·e ne dispose que de peu d’informations, il est essentiel d’avoir des outils de vulgarisation de l’information médicale, qui soient clairs et accessibles. Concernant l’alimentation, la pyramide alimentaire (d), l’épi alimentaire (e) (avec ses 5 priorités) ou encore l’assiette-type (f) sont des ressources visuelles très intéressantes à utiliser en consultation.
Ces outils imagés seront d’autant plus appropriés pour les patient·es qui ne maîtrisent pas ou mal la langue française ou la langue écrite. L’occasion de rappeler que 10 % de la population belge présente des difficultés à lire et à écrire (g). S’informer auprès de ses patient·es de leur niveau de compréhension de la langue et de l’écrit devrait faire partie de l’anamnèse de base.

La barrière de la langue
Le français n’est fréquemment pas la langue maternelle du·de la patient·e, ce qui limite grandement la qualité des échanges et la compréhension par les patient·es – et les médecins généralistes – de l’information délivrée. Au-delà de l’emploi des images, des services d’interprétariat existent pour accompagner les patient·es et les soignant·es : Intercult (h), projet piloté par l’INAMI, le Setis Bruxelles (i) pour les habitant·es de la capitale, etc.

La précarité
C’est enfoncer une porte ouverte que de rappeler l’impact de la précarité, notamment financière, sur la santé des patient·es. Ces dernier·es ont souvent peu accès à toute une série de ressources. L’atelier nous rappelait ainsi l’importance pour le·la médecin généraliste d’avoir une bonne connaissance des moyens et des initiatives mis à disposition des populations les plus précarisées. Une inscription à l’aide alimentaire (j), un cours de cuisine organisé par le CPAS ou l’obtention d’un complément de revenu peut changer la donne et devrait être proposé aux patient·es qui en ont besoin. En outre, il ne faut pas négliger l’intérêt d’un suivi plus rapproché en médecine générale et un accompagnement personnalisé s’appuyant entre autres sur des objectifs SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste et Temporel) définis par le·a patient·e.

Un modèle de prescription diététique
Quand c’est possible, référer le·a patient·e vers un·e diététicien·ne constitue un levier intéressant pour aborder plus en détail les habitudes alimentaires et proposer des solutions concrètes. Une bonne collaboration entre médecin généraliste et diététicien·ne passe par l’échange d’informations, le feedback et la collaboration autour du·de la patient·e. L’atelier proposait par exemple un modèle de prescription développé conjointement par l’Union Professionnel des Diététiciens de Langue Française (UPDLF), la SSMG et PSMG, accessible sur notre site web (k).

Travailler en réseau
Les nombreux déterminants sociaux de la santé (le genre, la culture, la couleur de peau, le sans-abrisme, etc.) sont autant de facteurs supplémentaires qui peuvent se croiser, se cumuler et finalement avoir un impact sur la santé et les soins des patient·es.
Pour pouvoir tenir compte de ces éléments tant que faire se peut, lors de nos consultations, les animateurs de l’atelier nous ont rappelé l’importance de travailler de manière multidisciplinaire, en s’appuyant sur un réseau solide de professionnel·les de santé mais aussi du social, des associations de patient·es, d’initiatives de quartier, etc. et d’accepter qu’on ne peut pas tout régler en consultation. Mettre le·la patient·e au centre, écouter ses préoccupations, ses besoins et ses attentes, considérer les facteurs spécifiques qui lui sont propres sont des balises importantes qui doivent nous guider lors de nos soins, à fortiori lors du colloque singulier.

Outre la reconnaissance de l’influence des déterminants sociaux de la santé, l’enjeu, en tant que professionnel·le, est de pouvoir se montrer proactif·ve dans la recherche et la mise en place d’un accompagnement individualisé, et à défaut de pouvoir influencer les inégalités sociales de santé, ne pas les accroître pour nos patient·es.

(d) https://www.foodinaction.com/pyramide-alimentaire-2020-equilibree-durable/
(e) https://www.foodinaction.com/epi-alimentaire-priorites-mieux-manger/
(f) https://www.apaqw.be/sites/default/files/bibl_fichiers/ karott_123san.pdf
(g) D’après l’état des lieux de l’alphabétisation en Fédération Wallonie-Bruxelles, 8e exercice : http://www.alpha-fle.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0& g=0&hash=d38c4905ce5217262e65e82fc27ab3908d3ff901&file=fi leadmin/sites/alpha/upload/alpha_super_editor/alpha_editor/documents/8_EDL_2014-2016/EDL_2014-2016.pdf
(h) https://intercultbe.appspot.com/
(i) https://www.setisbxl.be/
(j) Un répertoire des aides alimentaires disponibles est consultable online ici : https://www.fdss.be/fr/concertation-aide-alimentaire/repertoire-de-l-aide-alimentaire/

(k) https://promosante.be/wp-content/uploads/2023/01/Modele-Prescription-consultation-dietetique.pdf

D’après l’atelier du Dr Thibault MOYERSOEN, médecin généraliste à la Maison Médicale Bautista Van Schowen et le Dr Benjamin MICHEL, assistant en médecine générale, membres de PSMG.

Mots-clés : promotion de la santé, alimentation, facteurs sociaux économiques, littératie, collaboration et travail en réseau.

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