Grande Journée PSMG : « En santé, faut que ça bouge » – Bouge, le 20 avril 2024

La Revue de la Médecine Générale n° 417 | novembre 2024

par Promo Santé et Médecine Générale asbl• 1060 Bruxelles• coordination@promosante-mg.be

La Grande Journée organisée par Promo Santé et Médecine Générale était consacrée cette année à la promotion de l’activité physique adaptée en consultation de médecine générale. Les bienfaits de l’activité physique sur la santé ne sont plus à prouver, que ce soit en matière de prévention de nombreuses maladies ou de promotion de la santé, y compris la santé mentale et le bien-être des personnes. Cependant, l’accès à des activités physiques est fortement lié aux déterminants de la santé. Dans ce contexte, quel peut-être le rôle des médecins généralistes ? Quels sont les points d’attention à avoir lorsque l’on souhaite aborder l’activité physique en consultation ? Existe-t-il des initiatives pour remettre les personnes en mouvement ? Autant de questions qui ont été abordées durant cette Grande Journée et dont nous vous proposons le compte rendu.

L’impact des inégalités sociales de santé sur la pratique de l’activité physique : genre, âge, statut socio-économique…

Les inégalités en matière de santé sont des différences de santé injustes et évitables au sein de la population et entre différents groupes au sein de la société. Elles résultent des conditions dans lesquelles nous naissons, grandissons, vivons, travaillons et vieillissons. Ces conditions influencent nos chances d’être en bonne santé et notre façon de penser, de nous sentir et d’agir, ce qui façonne notre santé mentale, notre santé physique et notre bien-être.

Il existe de grandes disparités au sein des différentes classes socio-économiques mais aussi en termes de territoires. Les personnes les plus aisées du Brabant wallon vivent plus longtemps que les plus aisées du Hainaut par exemple car, concrètement, les catégories les plus aisées du Hainaut le sont comparativement moins que les catégories les plus aisées du Brabant wallon, province connue pour son niveau de vie élevé. L’écart entre hommes et femmes diminue, par contre il y a de gros écarts entre les régions, les communes, et ceux-ci se creusent.

Sachant que les premières causes de décès en Wallonie sont les cancers (en première place chez les hommes et deuxième chez les femmes) et les maladies cardiovasculaires (première cause de décès chez la femme et deuxième pour l’homme), il est évident que la promotion de l’activité physique (AP) a un effet important sur la mortalité dans cette région. La diminution des morts évitables est fortement liée à la prévention « manger/bouger ». La société a tendance à insister sur la responsabilité individuelle en termes de prévention pour l’alimentation et l’AP, or nous savons que c’est plus complexe.

Les facteurs favorisants la pratique d’une activité physique sont :

  • des infrastructures accessibles dans un lieu où on se sent en sécurité ;
  • un soutien social (famille, amis, travail) ;
  • les politiques communales, régionales et nationales concernant l’accès au sport et l’AP ;
  • une culture de l’AP ;
  • une accessibilité financière.

À l’inverse, les déterminants de l’AP et les inégalités en santé qui ont un impact négatif sur l’AP sont les situations et évènements de vie (séparation, isolement, etc.), les représentations et les freins symboliques (l’AP risquée quand on est en mauvaise santé, le sport-compétition, etc.), l’accès limité à l’offre (distance, coût d’une inscription, horaire, etc.) et l’environnement et l’aménagement du territoire qui ne favorisent pas le mouvement (pas de piste cyclable sécurisée, profusion de terrain de foot pour les garçons, etc.).

Si on croise les données, les jeunes qui sont en surcharge pondérale ont en moyenne plus de connaissances sur l’alimentation saine que les autres mais ça ne suffit pas. Les chiffres montrent aussi une augmentation de l’AP chez les jeunes enfants mais un décrochage à l’adolescence (parfois lié au« sport compétition » prôné par les clubs sportifs qui découragent certaines personnes).

En promotion de la santé, que peut-on faire ?

  • intervenir pour encourager l’AP et plus généralement le mouvement (qui s’inscrit plus largement dans la lutte contre la sédentarité) ;
  • envisager l’AP et le mouvement de manière adaptée (âge, genre, situations et circonstances de vie, etc.) ;
  • adopter une approche du mouvement et de l’AP par milieu de vie (école, travail, prison, maison de repos, quartier, milieu extrascolaire, maison, etc.) ;
  • agir sur les représentations sociales et enrichir les représentations de l’AP et du mouvement (freins et leviers psychosociaux, symboliques, etc. Par
    ex. : l’AP qui n’est pas l’équivalent du sport) ;
  • contribuer à agir à de multiples niveaux (individuel, organisations de 1re ligne, de 2e ligne, poli-tiques) et de manière transversale entre les différents secteurs (c’est-à-dire la santé dans toutes les politiques) ;
  • privilégier des démarches participatives et de co-construction des actions de promotion de l’AP et du mouvement.

Concrètement, on peut agir sur 5 leviers :

  1. Renforcer le pouvoir d’agir des individus par l’animation et l’accompagnement.
  2. Rendre accessible les offres d’AP (accès physique, financier, etc.).
  3. Promouvoir l’AP à travers ses bénéfices sur le bien-être social et mental.
  4. Inclure le mouvement dans les activités collectives et communautaires et dans les activités du quotidien.
  5. Créer ou plaider pour des environnements favorables à l’AP et au mouvement (rôle des collectivités locales).

Quel est le rôle de la médecine générale ?

  • parler d’AP et de mouvement avec la patientèle, en déconstruisant les représentations centrées sur le sport ;
  • évaluer le niveau d’AP et de sédentarité des personnes ;
  • partager les ressources existantes en se créant un réseau ou un répertoire (les AP proposées dans la commune, le quartier, etc.) ;
  • prescrire de l’AP adaptée aux personnes.

D’après l’exposé de Mme Helen Barthe-Batsalle, directrice de l’Observatoire de la santé du Hainaut.

Mots-clés : inégalités de santé, promotion de l’activité physique, prescription d’une activité physique adaptée.

Lignes directrices et activités physiques adaptées : des concepts à la pratique du Sport sur Ordonnance

L’asbl « Sport sur Ordonnance » a mis en place un dispositif permettant aux personnes sédentaires présentant des limitations physiques faibles à moyennes de pratiquer une activité physique adaptée (APA) à leurs pathologies chroniques sur base d’une prescription du·de la médecin généraliste, dans un lieu à proximité de leur lieu de vie.

Le bon déroulement du programme s’appuie sur la coordination et la collaboration des acteurs·rices suivant·es : professionnel·les du mouvement (kinésithérapeutes, coachs sportifs·ves [coachs bachelier·ères en éducation physiques ou en coaching sportif)], médecins généralistes et communes/relais local.

Une prescription médicale est obligatoire afin de participer au programme, les médecins généralistes ont donc un rôle crucial de sensibilisation et de motivation vis-à-vis des patient·es.

Le module d’APA s’étale sur 12 semaines en veillant à mettre la personne en confiance dès le début du programme. Chaque séance dure 1 h 30 et commence par des exercices d’endurance, suivis par des exercices de renforcement musculaire et, en dernier lieu, des exercices d’assouplissement. Au terme des séances, la personne est considérée comme apte à l’AP pour tous et toutes. Les prérequis suivants sont attendus : savoir marcher pendant 30 minutes, fléchir les jambes et se mettre au sol.

Des frais de participation peu onéreux sont demandés ; le programme se veut accessible à tous et toutes.

Les coachs sportifs·ves sont outillé·es et formé·es à l’APA en fonction des différentes pathologies courantes (ex. : fibromyalgie, DT1, DT2, AVC, etc.). Des fiches d’APA par pathologie sont disponibles pour les médecins dans « l’espace médecin » du site internet de l’asbl (https://www.sport-sur-ordonnance.be/es-pace-medecin/). Ces dernières reprennent les bilans médicaux à réaliser avant d’initier l’APA.

Durant la Grande Journée, une mise en situation a été proposée par l’équipe de l’asbl « Sport sur Ordonnance » pour les professionnel·les de soins lors d’un atelier pratique consistant en une course à pied à des vitesses progressivement supérieures, suivie d’exercices de renforcement musculaire et d’assouplissement, afin de se familiariser avec des notions telles que la durée, l’intensité, etc., de l’APA.

Il est recommandé de varier les chaînes musculaires impliquées lors des exercices de renforcement.
Au jour d’aujourd’hui, Sport sur Ordonnance intervient dans 22 communes de Wallonie et de Bruxelles, et poursuit son développement.

D’après l’atelier animé par Mme Charlotte Demaret et M. Christophe Dohn, formateur·trice·s en APA au sein de l’asbl Sport sur Ordonnance.

Mots-clés : Activité physique adaptée, travail en réseau, prescription médicale.

Quelles initiatives pour promouvoir l’activité physique adaptée : le projet « Citoyen, en mouvement pour ma santé »

La pratique d’une activité physique constitue un en-jeu essentiel de santé publique. Au départ, le projet, initié par le CHU et l’Université de Liège, était destiné aux patient·es atteint·es d’un cancer (prévention tertiaire). Le projet était de proposer gratuitement des séances d’activité physique hebdomadaires à proximité du domicile, dans les villes et communes participantes de la Région wallonne (actuellement 8 villes et communes partenaires). En effet, l’activité physique présente de nombreux bénéfices dans la prise en charge des cancers.

De façon générale, l’activité physique :

  • améliore la fonction cardio-respiratoire ;
  • améliore les qualités musculaires ;
  • augmente la qualité de vie ;
  • augmente l’estime de soi ;
  • diminue l’anxiété ;
  • diminue la dépression ;
  • diminue la fatigue ;
  • diminue la douleur.

Sur demande de l’AVIQ, l’offre a été ouverte à toutes les pathologies chroniques. Encadrées par des professionnel·les formé·es, des séances hebdomadaires d’activité physique adaptée de 1 h 30 sont proposées pendant des cycles de 3 mois ; les « coachs » ont une formation de kinésithérapeute ou une spécialisation en science de la motricité avec une formation spécifique en activité physique adaptée ou APA (il faut absolument une formation spécifique en sport-santé, un diplôme en science de la santé au minimum). Les séances encadrées par ces profesionnel·les se déroulent en cours collectifs de maximum 12 personnes, avec également un suivi personnel. L’encadrant·e doit ainsi pouvoir proposer des variantes aux exercices selon les différents be-soins des personnes. Au cours de ces séances, on propose un bloc d’échauffement, un travail aérobie et un travail de renforcement musculaire. L’objectif est de redonner confiance, prendre du plaisir et ainsi modifier le mode de vie sur le long terme.

L’aspect financier étant un des freins principaux à la pratique de l’activité physique, les 12 premières séances sont gratuites afin de toucher un public potentiellement plus précarisé. Ensuite le·la citoyen·ne peut poursuivre les séances avec un abonnement à un prix démocratique ou est réorienté·e vers l’offre locale en sport-santé.
Il faut aller à la rencontre des citoyen·nes, des sportifs et sportives amateurs, pour leur proposer la même prise en charge que les athlètes de haut niveau et aussi pouvoir sortir les citoyen·nes porteur·euses d’une pathologie chronique de l’approche très médicalisée des prises en charge habituelles.

L’objectif des prochains mois est d’étendre le dispositif à 30 villes et communes de la Région wallonne dont : Amay, Chaudfontaine, Fléron, Hannut, Verviers, etc. La liste complète est disponible sur le site du pro-jet (https://www.chuliege.be/jcms/c2_26224880/ en-mouvement-pour-ma-sante/accueil).

D’après l’exposé de par M. Cédric Lehance, responsable du projet « Citoyen, en mouvement pour ma santé », Université de Liège.

Mots-clés : activité physique adaptée, maladie chronique, accessibilité.

La littératie physique : une approche pour motiver les patient·es à l’activité physique

Le·la médecin généraliste est un·e intervenant·e en santé de choix pour promouvoir l’activité physique par le biais de stratégies de réorientation, de recommandation, de prescription ou même de consultation en activité physique.
Cependant, l’activité physique lorsqu’elle est abordée est encore trop majoritairement prise sous l’angle unique de recommandations d’exercices physiques et leurs lignes directrices (intensité, fréquence…). Les éléments tels que le plaisir, la motivation, la confiance et les connaissances sont pourtant reconnus plus efficaces pour promouvoir l’activité physique pour les populations présentant un risque plus accru d’inactivité physique et ne sont pas assez pris en compte (White head 2001).

La littératie physique apporte une vision holistique de l’activité physique en reprenant ces derniers éléments et est ainsi plus efficace.
Elle se définit ainsi comme « La motivation, la confiance, la compétence physique, le savoir et la compréhension qu’une personne possède et qui lui permettent de valoriser et de prendre en charge son engagement envers l’activité physique tout au long de sa vie ». Plus son niveau de littératie physique est élevé, plus la personne est encline à s’engager à faire de l’activité physique.

Il existe différents modèles de littératie physique, le modèle australien (Gandrieau, 2020) semble le plus pratique d’utilisation à l’heure actuelle et se découpe en 4 composantes :

  1. Moteur : le domaine moteur se concentre sur les compétences et la forme physique qu’une personne acquiert et applique par le mouvement.
  2. Psychologique: le domaine psychologique se concentre sur les attitudes et les émotions associées au mouvement et leur impact sur la confiance et la motivation à bouger.
  3. Social : le domaine social se concentre sur la capacité d’interagir avec les autres et l’environnement en relation avec le mouvement.
  4. Cognitif : le domaine cognitif se concentre sur le développement des connaissances et la compréhension requise pour le mouvement et l’activité physique.

Ainsi, c’est en explorant ces différentes dimensions de l’activité physique visée par le·la patient·e et en utilisant des techniques d’entretien motivationnel, que l’on peut aller plus loin que la simple prescription d’activité physique.

D’après l’atelier animé par M. Jean-Pierre Weerts, assistant au Département des Sciences de l’activité physique et de la réadaptation, Université de Liège

Mots-clés : promotion de la santé, littératie physique, prescription.

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