Vous aussi, vous avez des semaines de folie ?

Johanne Mathy, Medi-sphere 515 – 5 mai 2016

«Docteur, je cours toute la journée, je n’en peux plus…» Combien de fois le MG n’entend-il pas ce refrain, reflet du rythme de vie effréné d’une «société de l’accélération»? Et combien de fois ne se dit-il pas, in petto, que son propre agenda déborde chroniquement et qu’il accumule la fatigue?

Mieux gérer son temps – donc en dégager tant pour ses patients que pour soi-même – est la clef d’une sérénité retrouvée dans l’exercice du métier, avec un gain de qualité à la clef. Promo Santé & MG y croit et propose d’en discuter en groupe.

Introduction

L’asbl Promo Santé & Médecine générale, émanation conjointe de la Fédération des maisons médicales et de la SSMG, a pour vocation d’encourager les MG à intégrer dans leur pratique la prévention. Si celle-ci peine à faire son trou dans le déroulé des consultations, ce n’est pas parce que les médecins en contredisent l’importance. La raison prioritairement invoquée pour zapper le préventif est, tout simplement, le manque de temps.

Dès lors, l’asbl s’est intéressée à la façon dont le MG gère un agenda qui de-vient facilement dévorant, pour explorer les façons de mieux le maîtriser – le nec de cette maîtrise étant de ne plus devoir faire l’impasse sur la prévention lors des contacts patients. Elle a mis au point une animation sur la gestion du temps, qui peut se donner en glem ou dodéca-groupe (lire encadré).

Un grand creuset de solutions

«Nous proposons aux participants d’observer la façon dont s’organisent leurs journées, d’identifier les pertes de temps, de reconsidérer les priorités qu’ils ont pu mettre dans leur vie professionnelle mais aussi privée», expose Vincent Parmentier, MG athois exerçant à Beloeil et membre de Promo Santé & MG. Lui qui est passé de la maison médicale à l’exercice en duo et s’apprête à tâter de la pratique de groupe pour anticiper une pénurie locale en confrères, souligne qu’il n’existe pas un seul et unique modèle d’organisation souhaitable. «La richesse de l’atelier, c’est le partage des expériences et des solutions personnelles.» Chacun y puise ce qui l’intéresse pour construire son modèle, car «on n’a pas tous la même vie, les mêmes envies». Plus diversifié sera la composition du groupe de participants – des MG jeunes et plus âgés, des hommes et des femmes… –, plus variées seront les visions et les recettes échangées. «Ce que nous conseillons aux confrères, c’est avant tout de bien se connaître eux-mêmes.»

Sous la houlette de l’animateur, le groupe – idéalement composé de 20 à 30 MG – passe en revue les objets ou tâches qui grignotent l’activité médicale pure : «Le GSM, le courrier, les mails…», énumère le Dr Parmentier. «Nous partons de la ‘semaine de folie du Docteur G’, qui est tout le temps dépassé. C’est un horaire, en fait, qu’on travaille en trois sous-groupes. Il porte sur trois jours, lundi, mercredi et vendredi. Les choix qu’on pose tel jour se répercutent bien sûr sur les suivants… Certains participants se reconnaissent en tout ou en partie dans le personnage; les autres font des suggestions tirées de la façon dont eux-mêmes ont surmonté tel ou tel aspect de son débordement permanent. Quant à nous, chez Promo Santé, à défaut d’être des professionnels du management du temps, nous avons tout de même chiné des recommandations éprouvées, issues d’études sérieuses», sourit Vincent Parmentier. «Nous formulons donc des conseils sur l’organisation de l’activité, sur les systèmes de prise électronique de rendez-vous…».

Élément récurrent repéré au fil des sessions: la méconnaissance du temps à allouer aux activités, par exemple à une consultation dite longue, ou bien au traitement des mails ou du courrier entrant le matin – avec notamment les biologies… En général, les MG sous-estiment le temps nécessaire pour venir à bout de ces tâches. On distribue un petit vade-mecum, tant sous forme papier qu’électronique, après la session».

Toute une gamme de réactions

Comment réagissent les participants aux séances, qui durent une bonne heure et demie? Sont-ils réceptifs ou plutôt sceptiques? «On a de tout. Aux extrêmes, il y a ceux qui vous disent: ‘cela ne changera rien à ma façon de faire’, et puis d’autres pour qui nos conseils ont l’air de s’apparenter à une libération».

Le fait d’entendre des confrères relater leur expérience ouvre les yeux de certains sur des débordements face auxquels ils avaient mis en place des mécanismes d’adaptation, au point parfois d’être dans le déni, de trouver normal leur mode de fonctionnement. «Nous répétons régulièrement aux médecins d’éviter de faire des compromis sur leur vie personnelle, et de mettre des balises. Ils y gagneront en sérénité, à la fois pour leur travail et dans le privé. L’atelier gestion du temps est aussi un atelier où, indirectement, on apprend à dire ‘non’.» 

Cet atelier, et d’autres encore…

Promo Santé & Médecine générale, subsidiée par la Cocof et la Région wallonne, propose non seulement cet atelier «gestion du temps» aux glems et dodécagroupes, mais également d’autres modules thématiques à exploiter sous la conduite de l’un de ses animateurs: la prévention validée de 45 à 75 ans, la pertinence et les modalités de dépistage de différents cancers, l’entretien motivationnel ou encore la relation avec une patientèle précarisée. Selon leurs disponibilités, les membres
de l’asbl, présents à Bruxelles et un peu partout en Wallonie, viennent animer une séance. Ils sont avant tout médecins en activité, aussi leur passage réclame-t-il un peu de planification… Une femme-orchestre, à cette fin: Valérie Hubens, coordination@promosante-mg.be.

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