Description du projet

Parler avec le.la patient.e de sa consommation d’alcool

Pour la question de l’alcool, la démarche vis-à-vis du·de la patient·e se fait généralement en trois étapes :

  1. Ouvrir le dialogue avec le·la patient·e et informer,
  2. Faire le point sur sa consommation et ses motivations avec le·la patient·e qui le souhaite,
  3. Construire et accompagner un projet d’arrêt, si le·la patient·e est prêt·e à changer ses habitudes.

OUTILS

La cellule Alcool de la SSMG vous propose une brochure reprenant l’ensemble de la démarche ainsi que des fiches destinées aux patient·e·s.

Une série de vidéos capsules vidéos – Les bases de la consultation de formation pour les médecins généralistes sont également disponibles sur le site de la SSMG

Vous pouvez aussi collaborer avec des relais existants comme :

PROMOTION DE LA SANTÉ & PRÉVENTION

Interroger le·la patient·e sur sa consommation d’alcool doit s’accompagner d’une écoute de son vécu ; on se situe dans une démarche centrée sur l’empathie, l’absence de jugement et le respect du choix du·de la patient·e.

Prendre connaissance au préalable des avantages et des inconvénients à poursuivre, à diminuer ou à cesser sa consommation d’alcool tels que pourrait l’exprimer tout·e patient·e ayant un problème d’alcool est intéressant pour se préparer à cet échange. S’interroger par ailleurs, en tant que médecin, sur ses éventuelles réticences à aborder le sujet de l’alcool avec son·sa patient·e ou aux inconvénients à ne pas le faire est également une démarche intéressante.

Avantages et inconvénients
de la consommation d’alcool et de l’arrêt

AVANTAGES à se sevrer de l’alcool
et à aborder la question :

  • En parler c’est déjà aller mieux…
  • En avoir fini avec des situations telles que « Je ne peux pas continuer comme ça, il faut faire quelque chose… »
  • Remédier à des conflits familiaux
  • Quitter l’univers d’une consommation honteuse, souvent solitaire et cachée …
  • Ne plus être « le grand absent » de la famille par rapport à l’épouse, à l’époux, aux enfants … (l’alcoolémie constante rend « distant » …)
  • Le cas de ce patient m’interpelle / m’irrite à répétition : aborder clairement la situation s’impose et in fine sera plus gratifiant que d’aller de constat d’échec en constat d’échec
  • Aborder la question de la dépendance, c’est aussi permettre d’aborder / de régler avec le patient son problème d’HTA labile, ou de stéatose, d’insomnie, de troubles anxiodépressifs, d’œsophagite, de pancréatite, d’obésité, etc.
  • Aborder le problème à temps c’est éviter d’en arriver à ces situations dépassées telles que j’en ai déjà rencontrées en patientèle …

S’impliquer en alcoologie, c’est s’impliquer très positivement dans une démarche de santé publique :

  1. Selon l’étude PROBEX SSMG‐ULg de 2004, 20% des patients masculins du MG belge sont (+) au test AUDIT
  2. 300.000 belges sont alcoolodépendants
  3. L’alcool est la 2ème cause de mort évitable dans nos pays
  4. En Belgique, le coût social de l’alcool est estimé à 6 milliards d’euros soit 3% du PIB
  • Réduire tous les risques de pathologies aiguës et chroniques liées à l’alcool
  • Réduire considérablement les risques de traumatismes et d’accidents
  • Reprendre sa place en tant que personne sociale
  • Chez le consommateur excessif (non dépendant), réduire la consommation c’est réduire le risque d’hépatopathie (cirrhose)
  • Alcool et grossesse : ne pas boire pendant la période de (pré)conception et la grossesse est particulièrement efficace puisque ce comportement annule les risques de syndrome foeto‐alcoolique (FAS) ou d’effets foeto‐alcooliques (EFA)

INCONVENIENTS à se sevrer de l’alcool
et à aborder la question :

  • La crainte du changement : plus le patient est accro, plus ce changement de vivre sans boire paraît « impensable » / inaccessible … du fait de la dépendance physique serrée
  • La crainte de l’hôpital psychiatrique, lieu le plus usuel de désintoxication : « Docteur…je ne suis pas fou… »
  • Le qu’en dira‐t‐on : « Docteur, on va savoir que je suis alcoolique »  … expliquer au patient que son secret est un secret de polichinelle … ce qu’il admet souvent après une brève discussion
  • En parler, c’est évoquer le sujet de la honte de boire, même si on sait que c’est la première étape
  • Penser être trop intrusif (« vie privée ») vis‐à‐vis du patient
  • Etre amené à changer ses propres représentations par rapport aux personnes alcooliques
  • (Croire qu’il s’agit de) s’engager dans un processus de soin long, compliqué et peu gratifiant
  • Se questionner soi‐même par rapport à l’usage qu’il (le médecin) fait personnellement de l’alcool : les professionnels de la santé sont à risque majoré par rapport aux assuétudes
  • Devoir consacrer du temps et de l’énergie à se former à l’approche du patient alcoolique
  • Devoir consacrer trop de temps (mal rémunéré) à ce type de patients
  • Etant  «  médecin de la famille », être amené à penser que d’une façon ou d’une autre, en s’intéressant à l’alcoolique et en le soignant, on peut être dans une position inconfortable au point de vue de la systémique familiale (question de « loyauté » par ex.)
  • Syndrome de sevrage

AVANTAGES à consommer de l’alcool
et à NE PAS aborder la question :

  • Pouvoir thérapeutique de l’alcool
  • Une transformation globalement positive
  • Augmentation des capacités et du plaisir sexuel
  • Plaisir physique et social
  • Renforcement de son assurance en société
  • Relaxation et une réduction de la tension, du stress, de l’anxiété
  • Activation et une augmentation de l’agressivité et de la capacité à dominer
  • Amélioration de l’humeur
  • Recherche de sensations (désinhibition)
  • Faire la fête
  • Ne pas devoir affronter une thématique difficile : « boire » est banalisé, socialement et culturellement
  • Cela va consommer beaucoup de temps
  • Préserver la « relation client » avec le patient, ne pas la rendre conflictuelle
  • Un déni du patient pourrait renvoyer le médecin à son propre déni quant à sa propre consommation d’alcool

INCONVENIENTS à consommer de l’alcool
et à NE PAS aborder la question :

  • Souffrances physiques : douleurs abdominales, cirrhose, déséquilibre, traumatismes, chutes
  • Au volant : arrestation, accidents, conflits
  • Comportement violent
  • Mise à mal des relations avec l’entourage : familiales, conjugales, professionnelles
  • Etre soumis au regard négatif de l’entourage
  • Rester le « grand absent » de la famille : père/mère fantôme, grand‐père fantôme
  • Risque d’être exposé à un rapport sexuel non désiré
  • Poursuite du chômage ou risque de perdre son emploi
  • Etat dépressif
  • On passe à côté d’un facteur de risque important pour la santé et très courant dans la population
  • Dépression, angoisse
  • Problèmes relationnels, familiaux
  • Troubles du comportement, toxicomanie
  • Problèmes professionnels
  • Hypertension artérielle
  • Hyperlipidémie
  • Obésité
  • Hépatopathies
  • Traumatismes, y compris accidents du travail
  • Poursuite du tabagisme
  • Diabète
  • Insuffisance cardiaque
  • Accident cérébral
  • Accélération du vieillissement
  • Problèmes digestifs (RGO, gastrite, diarrhée…)
  • Augmentation du risque  de cancer